Film atypique et puissant, brillamment mis en scène par le grand Michelangelo Antonioni, "L'Avventura" fit sensation à Cannes en 1960 la même année que "La Dolce Vita". Il est amusant de noter que les deux oeuvres sont diamétralement opposées et que l'inspiration du cinéaste puise dans différents courants mais aboutit pourtant à un résultat extrêmement personnel. Le réalisateur s'attache effectivement à construire ou plutôt déconstruire un long-métrage explorant les contraintes de l'amour tout en s'éloignant de toute trame classique possible et ce parfois à la limite de l'abstraction. Eliminant de façon similaire à Hitchcock (là encore en 1960) son héroïne au bout d'une demie-heure, il opte pour une sorte d'anti-polar vite transformé en un voyage initiatique des sentiments peuplant l'âme humaine. Les grands couloirs vides du château en sont l'explicite métaphore et l'on pourrait à la fois mettre en parallèle et distancier "L'Avventura" du néo-réalisme et plus particulièrement du fameux "Viaggio In Italia" de Rossellini. Le premier est l'anti-thèse du second, optant pour un crescendo du désespoir à l'inverse de son prédécesseur. L'un comme l'autre sont en tous les cas une plongée profonde et émouvante d'un couple entouré de l'Italie, elle-même peuplée par une histoire ancienne constamment exhibée. Monica Vitti, muse d'Antonioni est une fois de plus superbe, habitant littéralement l'oeuvre d'un bout à l'autre, d'une présence physique stupéfiante, jouant avec son corps et sa façon de le présenter avant son visage et sa voix. L'introspection va chercher loin, la solitude et l'humiliation étant les principaux thèmes récurrents d'un homme triste essayant d'évacuer ses sombres pensées à travers les travaux qu'il offrit au septième art. Le petit plus provient de sa technique irréprochable, à l'esthétique visuelle et notamment la photographie remarquable. On pourra toujours lui reprocher d'être nombriliste voire prétentieux, n'empêche que l'impact exercé est incontestable.




