prix de la mise en scène

Année Film Réalisateur
1946 La Bataille du rail René Clément
1948 pas de festival cette année
1949 Le Mura di Malapaga René Clément
1950 pas de festival cette année
1951 Los Olvidados Luis Buñuel
1952 Fanfan la Tulipe Christian-Jaque
1955 ex æquo Du rififi chez les hommes Jules Dassin
ex æquo Geroite na Shipka Sergei Vasilyev
1956 Othello Serguei Youtkhevitch
1957 Un condamné à mort s'est échappé Robert Bresson
1958 Au seuil de la vie Ingmar Bergman
1959 Les Quatre cents coups François Truffaut
1961 Récit des années de feu Yuliya Solntseva
1965 La Forêt des pendus Liviu Ciulei
1966 Lénine en Pologne Serguei Youtkhevitch
1967 Les Dix mille soleils Ferenc Kósa
1968 arrêté à cause des événements de mai 68
1969 ex æquo Antonio Das Mortes Glauber Rocha
ex æquo Chronique morave Vojtech Jasny
1970 Leo the Last John Boorman
1972 Psaume Rouge Miklós Jancsó
1975 ex æquo Les Ordres Michel Brault
ex æquo Section spéciale Costa-Gavras
1976 Affreux, sales et méchants Ettore Scola
1978 L'Empire de la passion Nagisa Oshima
1979 Les Moissons du ciel Terrence Malick
1982 Fitzcarraldo Werner Herzog
1983 ex æquo L'Argent Robert Bresson
ex æquo Nostalghia Andrei Tarkovsky
1984 Un dimanche à la campagne Bertrand Tavernier
1985 Rendez-vous André Téchiné
1986 After Hours Martin Scorsese
1987 Les Ailes du désir Wim Wenders
1988 Le Sud Fernando E. Solanas
1989 Le Temps des Gitans Emir Kusturica
1990 Taxi Blues Pavel Lungin
1991 Barton Fink Joel Coen
1992 The Player Robert Altman
1993 Naked Mike Leigh
1994 Journal intime Nanni Moretti
1995 La Haine Mathieu Kassovitz
1996 Fargo Joel Coen
1997 Happy Together Wong Kar-Wai
1998 Le Général John Boorman
1999 Tout sur ma mère Pedro Almodóvar
2000 Yi Yi Edward Yang
2001 ex æquo The Barber : l'homme qui n'était pas là Joel Coen
ex æquo Mulholland Drive David Lynch
2002 ex æquo Ivre de femmes et de peinture Im Kwon-Taek
ex æquo Punch-Drunk Love, Ivre d'Amour Paul Thomas Anderson
2003 Elephant Gus Van Sant
2004 Exils Tony Gatlif
2005 Caché Michael Haneke
2006 Babel Alejandro González Iñárritu
2007 Le Scaphandre et le papillon Julian Schnabel

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# Posté le vendredi 17 août 2007 08:06

FITZCARALDO

FITZCARALDO
SYNOPSIS

Fitzcarraldo, de son vrai nom Brian Sweeney Fitzgerald, arrive à Manaus accompagné de Molly son amie, après 2000 kilomètres de navigation sur les rivières amazoniennes, pour écouter Enrico Caruso. Passionné d'art lyrique, il rêve de construire un opéra à Iquitos au milieu de la forêt péruvienne, où se produiraient Caruso et Sarah Bernhardt, interprétant Verdi. Son activité de fabricant de pains de glace n'étant pas assez lucrative pour financer l'opération, il achète une concession, sur le fleuve Ucayali, pour exploiter le caoutchouc de l'hévéa. Il se procure un bateau auprès d'un concurrent, et commence le recrutement de l'équipage.

Le bateau retapé et réarmé, commence un long voyage sur le fleuve, au cours duquel ils rencontrent des Shuars (improprement appelés Jivaros), séduits par la voix du ténor, sortie du phonographe. S'ils ne croient pas que Fitzcarraldo est le « Dieu blanc » de leur mythe, ils savent que le char blanc peut leur être utile pour changer de territoire. La concession se trouve sur un autre fleuve et à un endroit où les deux cours d'eau ne sont séparés que par une colline. Les indiens acceptent de réaliser cette idée folle : araser la colline et hisser le bateau pour rejoindre l'autre côté. Pour finir, le chef indien brise les amarres et après une descente périlleuse, Fitzcarraldo se retrouve à son point de départ.

COMMENTAIRES
Inévitablement, le spectateur pense à un autre film de Herzog, Aguirre, la colère de Dieu : mêmes lieux (la forêt amazonienne), même comédien dans le rôle principal (Klaus Kinski), poursuite d'une chimère démesurée. Le réalisateur dira plus tard que l'idée de faire franchir une colline à un bateau lui est venue en Bretagne, alors qu'il faisait des repérages. A la lecture d'un guide touristique, il s'interrogea sur le transport des menhirs et l'édification des alignements, cette question donnera naissance au film. La réalisation d'une folie et l'omniprésence de la musique, dans une nature hostile, font de Fitzcarraldo une ½uvre atypique.

AUTOUR DU FILM
Mick Jagger, le chanteur des Rolling Stones avait été retenu pour interpréter le rôle du cuisinier et tourna les premières scènes. Le tournage du film ayant été reporté, Jagger ne put tenir son engagement pour cause de tournée mondiale. Jason Robards, devait quant à lui jouer le rôle principal mais il tomba malade et fut donc remplacé par Klaus Kinski. Mario Adorf devait lui aussi faire partie du film. Le tournage fut d'autant plus difficile que le réalisateur exigea qu'un bateau soit réellement hissé sur une colline ; la seule concession aux effets spéciaux concerne la scène des rapides.


MON AVIS: Un oeuvre magistral, un acteur habité (j'aime pas écrire cela, car pour kinsky c'est à chaque fois le cas). Un scénario inimaginable. Une mise en scène époustouflante.Un incontournable du cinéma au même titre que Aguirre, la colère de dieu.
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# Posté le vendredi 17 août 2007 18:34

Modifié le mardi 21 août 2007 08:55

La fille coupée en deux

La fille coupée en deux
COMMENTAIRES
Ce n'est plus un mystère pour personne, Claude Chabrol est un spécialiste facétieux de l'analyse féroce de la lutte des classes, particulièrement acerbe envers la bourgeoisie française, un milieu qu'il adore disséquer, railler... et martyriser. Violette Noziere, La Fleur Du Mal et surtout La Cérémonie, la sentence est régulièrement douloureuse, voire fatale. Fasciné par le concept de « fait-divers », le socioréalisateur se plaît à télescoper la violence des crimes avec la pesanteur d'une classe endormie.

La Fille Coupée en Deux n'échappe pas à ce modèle. Inspiré d'un fait-divers de 1906 (lui-même déjà repris littérairement) relatant un crime à la fois passionnel et social, le nouveau « Cru Chabrol » emprunte le sentier déjà balisé maintes fois par le cinéaste.
Pas de surprise donc, mais toujours une maîtrise formelle confondante – Dieu que cette atmosphère de province est étouffante ! Et toujours l'utilisation habile de ce scalpel froid qui ouvre les plaies des vices, de l'ambition et de la folie. Si – étrangement – le casting pêche parfois par manque de justesse et de fluidité, le film reste glaçant (voire un poil balzacien) dans son étude de m½urs. Le fou, le pervers manipulateur et l'ingénue brisée valsent pour le meilleur et surtout pour le pire sous les yeux des éternels témoins peu bienveillants.

Oui, Chabrol fait du Chabrol, mais son exploration de la perversion – sans jamais la montrer explicitement ou la condamner gratuitement – fait tout de même du bien là où ça fait mal... et vice versa.

Eléonore Guerra

MON AVIS:

J'ai bien aimé ce dernier chabrol. Mais je ne crois pas trop me tromper si je dis qu'il n'a pas pris trop de risque avec ce thème de lutte des classes, maintes et maintes fois abordées dans ces précédents films. Ca n'en reste pas moins un réalisateur d'une rare qualité.

J'étais en attente de voir les qualités d'actrice de Ludivine Sagnier. Actrice idolâtrée. Surévaluées à mon goût, car le cinéma a besoin de filles qui fasse rêver. On avait Amélie Poulain jusqu'a présent attention arrive la nouvelle vague Sagnier. Elle ne m'a pas déçu. Bon faut dire que les seconds rôles sont tous des clichées. J'entends par clichés des comédiens qui à la lecture du script ont résumé leur rôle en 3 ou quatre mimiques qui nous répètent de façon ininterrompue du début jusqu'à la fin du film. Ex: la mère bourgeoise. C'est pas un balai dans le cul qu'elle a c'est tout le placard ! Je suis d'accord que ce milieu renvoie une image assez rigide mais c'est pas une raison pour ce cambrer à tout bout de champs et de prendre un air dédaigneux, genre la mère bourgoise dans la pub charal !!!
J'ai appris que l'avocat était joué par le fils de chabrol. Le pauvre, il ferait mieux de se mettre derrière la caméra au plus vite. Heureusement des acteurs comme magimel ou Berléan s'en sortent bien.

L'autre point intéressant de ce film est le traitement du thème. Il est question ici de pervession, de sexe. Certains réalisateurs devraient s'en inspirer. A aucun moment chabrol ne nous fait état des partouzes organisées par les riches notables Lyonnais. Non une scène suffit à nous évoquez cette face cachée du film. La scène ou Ludivine débarque dans la chambre de Berléan à quatre pattes déguisées en caille ou dindon. A ce titre je reprendrais une phrase lu sur un des blog ciné qu'il m'arrive de consulter régulièrement : « Tout montrer au cinéma c'est ne rien montrer ». La fille coupée ne deux n'en reste pas moins un très bon divertissement en cette période vache maigre, vivement la rentrée ...

# Posté le lundi 20 août 2007 05:12

Modifié le mardi 21 août 2007 09:15

BOULEVARD DE LA MORT

BOULEVARD DE LA MORT
COMMENTAIRES:
Ce qui suit dévoile des moments clefs de l'intrigue.
C'est à cause de la scission du Grindhouse initial que Quentin Tarantino a dû rallonger ce premier volet pour en faire un long métrage d'une durée orthodoxe (110 minutes) et que son film risque de surprendre par sa volubilité alors qu'on l'attend dans la catégorie thriller. En fait, il mériterait surtout l'appellation d'expérimental ou d'Art et Essai.
Passé à la direction de la photo, Tarantino semble s'essayer à divers genres et expressions visuelles. L'½uvre se divise en trois parties.
La première, avec sa photo surexposée, restitue l'apparence de la pellicule des vieilles bobines de films de série Z, avec rayures et grains de poussière, film tressautant et faux raccords. C'est une imitation de l'utilisation cheap du CinemaScope couleur faite dans de nombreux films mineurs des années 1970. On pense au cinéma horrifique et un tantinet laborieux d'un réalisateur pourtant inventif comme l'italien Dario Argento (Le Chat à neuf queues, 1971). En même temps, Tarantino recourt à la narration hitchcockienne qui consiste à s'attacher aux pas d'héroïnes qui vont finir trucidées avant le milieu du film (comme Janet Leigh dans Psychose).
Au mitant de l'½uvre, Tarantino fait comme une pause en passant au noir et blanc et aux plans statiques rappelant ceux des road movies période 1970-1980 de Wim Wenders et Jim Jarmusch. Le parking d'un drugstore routier est le point de rencontre de deux voitures : dans l'une, un nouveau quatuor d'héroïnes et, dans l'autre, toujours Stuntman Mike, l'obsédé balafré en quête de chocs meurtriers avec filles et bagnoles superbement carrossées.
Puis on revient à la couleur avec une très belle photo sous-exposée. Il ne va alors plus être question que de cinéma dans le cinéma avec, notamment, l'authentique cascadeuse Zoe Bell et ses vaillantes copines affrontant Stuntman Mike jusqu'à ce que mort s'ensuive dans une mémorable partie de stock-cars sans trucage...
Devant cette recherche esthétique, on éprouvera nos plus grands frissons non pas grâce à la terreur escomptée, mais à quelques plans dignes de rester dans l'histoire du Septième art : zoom sur les doigts de pied aux ongles peints en rouge des demoiselles, visage noir et blanc du tueur léchant goulûment la plante des pieds de la belle alanguie dans son coupé... Ou bien encore, plan quasiment macro de l'½il glacial et inquiétant du prédateur guettant ses proies... Plan large et morosité de la pluie qui tombe dans une flaque d'eau près du bastringue où les époques se mélangent comme à la recherche du temps perdu avec son juke-box fluo, ses disques vinyles sixties, ses téléphones portables et iPods du 3e millénaire. Mais femmes de toujours, toutes : enfant, voluptueuse, aguicheuse, boudeuse, rieuse, baroudeuse, yéyé, rock.
On en vient à penser que la présence des actrices Jordan Ladd, petite-fille d'Alan Ladd et fille de Cheryl Ladd, Sydney Tamiia Poitier, fille de Sidney Poitier, Mary Elizabeth Winstead, cousine d'Ava Gardner, et à une BO reprenant des airs signés par une pléthore de musiciens symboliques étasuniens et européens des années 50 à 70 (Leiber & Stoller, The Coasters, T-Rex, Morricone, Cipriani, Gainsbourg) sont sans doute, pour Tarantino, autant de références aux mythes du cinéma qu'il affectionne. Ce n'est pas le Boulevard de la mort, mais le Boulevard du cinéma...

CRITIQUES

Dans sa critique du 13 juin 2007, Lionel Vicari écrit[1] : « La liberté rythmique avec laquelle Tarantino construit ses films s'avère de plus en plus brillante. [...] Boulevard de la mort va encore plus loin. Ce jubilatoire Mad Max tarantinesque prend son temps. Il n'y a qu'un semblant d'histoire, beaucoup de dialogues qui ne mènent nulle part et des personnages (beaucoup de personnages) plus jouissifs les uns que les autres – mention spéciale à Kurt Russell, rarement aussi bon et drôle. Et puis tout d'un coup, alors qu'on attend plus rien, qu'on est encore déroutés, alors qu'on pense s'être fait de fausses idées, ça démarre. Plans secs, dilatation, vitesse. Jeux multiples avec les codes, impulsivité de la caméra... On est bufflé et on en redemande. La fin nous donnera de quoi...
Une des autres qualités du cinéaste réside dans sa capacité à puiser, là aussi remarquablement, dans le « réservoir » infini d'images qu'est le cinéma. [...] Le grain de la péloche, la photo (signée Tarantino himself) équivalente à celle d'un petit budget, le travail sur le son... : tout confère à nous plonger dans l'univers merveilleux des 70's. [...] Au final, confirmant une nouvelle fois que Tarantino est l'un des meilleurs auteurs d'aujourd'hui, ce Boulevard de la mort est une bombe qui grise et qui enthousiasme même les plus blasés. »

# Posté le mardi 21 août 2007 02:16

Buffet froid

Buffet froid
Alphonse Tram rencontre un inconnu dans le métro. Ce dernier, comptable de son état, ne semble pas disposé à lui parler. Après quelques mots échangés il monte dans un train et laisse Alphonse seul sur le quai. Quelques minutes plus tard, Alphonse retrouve son interlocuteur affalé sur le sol, son couteau planté dans le ventre. Dès lors s'ensuit une série d'évènements qui va bouleverser son existence.
"Il n'y a rien de personnel, dans ce film. Je l'ai écrit en deux semaines. J'avais mon idée de départ, et à partir de celle-ci tout s'est enchaîné. La question était de savoir comment j'allais continuer mon histoire à partir de cette séquence d'ouverture". Buffet Froid réalisé par Bertrand Blier sort sur les écrans français en 1979. Pas facile pour ce fils d'un grand acteur du cinéma français de se faire une place, et encore moins quand on porte un héritage aussi lourd. Pourtant au fil des années, et depuis le début des années 70, Bertrand Blier a su imposer sa patte iconoclaste dans le cinéma populaire. Bertand Blier, fils de Bernard Blier, réalise en 1963 son premier documentaire-fiction intitulé Hitler, connais pas ! Trois ans plus tard, il dirige pour la première fois son père dans ce qui est son premier film, Si j'étais un espion (1966). Au tout début de la décennie suivante, une troupe de jeunes actrices et acteurs, inconnus alors du grand public, fondent Le Café de la Gare, qui deviendra un véritable vivier de talents dans les années à venir, avec la présence de Patrick Dewaere, Coluche, Romain Bouteille, Miou-Miou entre autres. La spontanéité et l'effervescence créatrice qui marquent le lieu vont très bientôt dépasser le cadre du simple théâtre de quartier pour s'imposer sur grand écran. En 1971, un certain Gérard Depardieu débarqué de sa province arrive à Paris et débute dans quelques films. Mais c'est en 1973 que sa carrière prend un envol considérable avec la réalisation de Les Valseuses, dont il tient le rôle principal, adapté du roman éponyme de Blier et qui défraie la chronique par l'insolence et l'audace de son ton. Les féministes le taxent de machisme, tandis que le public lui fait un triomphe. Le film reflète l'état d'esprit d'une jeunesse qui s'y retrouve immédiatement et sacre un trio infernal : Miou-Miou, Patrick Dewaere et Gérard Depardieu.

Deux ans plus tard, Blier remet le couvert avec la réalisation de Calmos (1976), ½uvre méconnue encore aujourd'hui, et enchaîne dans la foulée avec Préparez vos mouchoirs (1977). Le film, qui aborde sans détour la question de l'adultère et de la frigidité, fait à nouveau grincer des dents, Blier étant jugé irrévérencieux et immoral, ce qui reviendra souvent quand on parlera de ses ½uvres. Le film nommé aux Oscars, y obtient celui du meilleur film étranger en 1977, et permet à son réalisateur de faire un aller-retour à Los Angeles duquel il revient avec la précieuse statuette dans les mains. De retour en France, il livre son nouveau scénario à plusieurs producteurs qui lui disent en gros "Vous avez du talent, ne le gâchez pas dans cela". Ce "'cela", c'est Buffet Froid (1979), son cinquième long-métrage, qu'Alain Sarde va très vite lui proposer de produire. Une idée absurde à la base qui lui sert de fil conducteur et toute une intrigue développée à partir d'une scène de dialogue surréaliste entre deux personnages qui ne se connaissent pas mais que la fatalité va rattraper à l'issu de quatre vingt minutes de péripéties. Car si la logique est défiée, l'étau se resserre petit à petit jusqu'au final.

Buffet Froid marque une rupture fondamentale dans l'½uvre et les thématiques abordées par Bertrand Blier. Au ton audacieux et enlevé emprunt d'une certaine poésie des débuts succède ici la thématique de la solitude et de l'incommunicabilité. Les personnages insouciants et révoltés (Les Valseuses) laissent place à des personnages plus torturés et prolixes en paroles. Ce qui paraissait à la fois plus léger et bouillonnant dans son cinéma du milieu des années 70 tranche radicalement avec un ton plus sombre, plus pessimiste, mais aussi peut-être davantage axé sur l'humain, en phase avec la description d'une époque qui passe des chimères et des utopies à une réalité plus tranchante et réaliste. Les héros ne rêvent plus, l'industrialisation l'a emporté. Blier provoque toujours, mais la provocation n'a plus la même résonance. D'où un Buffet Froid glacial dans son propos. Symbole de cette nouvelle ère de construction et de chantier économique et industriel, l'émergence de ces tours immenses et anonymes, dans lesquelles s'engouffrent les populations. Le début des années 80 sera marquée en France par la construction de ces enceintes qu'on appellera plus tard quartiers sensibles. Le chantier était énorme, et Buffet Froid, avec son ambiance taciturne, l'évoque avec toute la pertinence et la justesse de regard dont Blier a toujours su faire preuve, mais là encore sans doute davantage.

Le film tient la route pour la performance de ses comédiens, tous habités par des rôles écrits sur mesure : "Ce genre de dialogues, il n'y a que des monstres sacrés qui peuvent les interpréter. Autrement cela perd tout son sens. Mais il y a peu de monstres sacrés en France, alors quand on les tient, on ne les lâche plus". En effet, Jean Carmet, Bernard Blier et Gérard Depardieu forment un trio tragi-comique qui se débat pour empêcher que les évènements ne prennent le dessus sur eux. Blier dans le rôle du flic censé évoquer la morale et la justice tire à vue et chambre les petits délinquants dont il fait lui-même partie ; Carmet en tueur pathétique cherche du réconfort et l'écoute de ses acolytes ; et Depardieu, grande gueule, garde presque toujours son manteau et est victime de cauchemars. Un film d'hommes donc ? Auquel vient pourtant s'ajouter un rôle de femme, celui d'une veuve qui ne pleure jamais, et qui sous son voile noir mouchetée de deuil, cache une nature nymphomane. Encore le côté misogyne de Blier qui ressort ? Les personnages féminins chez lui ont pourtant été la plupart du temps forts : Carole Laure dans Préparez vos mouchoirs (1977), Miou-Miou dans Tenue de soirée (1986) ou Josiane Balasko dans Trop Belle pour toi (1989), montrent bien un réalisateur désireux de donner le change dans les deux cas. Le fait que les personnages soient souvent enfermés dans des lieux contigus accentue l'aspect théâtral de la mise en scène et des dialogues, sublimes comme la plupart du temps chez le cinéaste. Car il y a dans ce Blier, un verbe qui claque, qui a sa verve et qui offre des dialogues succulents. Buffet Froid est aussi par le principe de sa narration et l'enchaînements de situations incongrues ou grotesques (le médecin qui se tape la veuve, l'assassin de la femme de Depardieu qui vient frapper à sa porte, etc.) un film d'assassins qui rencontrent d'autres assassins, et dans lequel les coupables sont laissés en liberté, et les innocents arrêtés pour des motifs plus que douteux. Ajoutons à cela le fait que les personnages apparaissent et disparaissent puis reviennent d'une scène à une autre scène et cela suffira à montrer l'étendue de la force de cette farce moderne se passant souvent de nuit.

Outre ce scénario à la fois alambiqué et fataliste, Buffet Froid marque aussi les débuts de Carole Bouquet au cinéma, dont on taira pour laisser la surprise la signification de sa présence et la façon dont elle chamboule l'histoire, ou plutôt comment elle la termine. Si on pense dans un premier temps que les protagonistes sont soudés les uns aux autres, il ne sont au fond que des inconnus, étant même prêts à se tirer dans les pattes et à se trahir si la situation s'aggrave. Les grands espaces n'offrent pas plus de liberté que la campagne ce qui vaut à Bernard Blier de se livrer à une tirade cinglante sur sa vision quelque peu archaïque et bougonne du monde rural. Un décalage qui souligne à la fois l'humour noir et la vacherie intrinsèque de cet inspecteur de police haïssant la musique. Même si l'on sent que les personnages étouffent, que la caméra leur colle aux baskets, il y a toujours cette pincée d'humour qui vient soulager le spectateur, évitant ainsi l'écueil du film plombant et premier degré. Fable amère autant que portrait réaliste par certains aspects d'une France ankylosée à une certaine époque, Buffet Froid est l'un des tous meilleurs Blier, et l'on souhaite que le réalisateur du génial Tenue de soirée (1986), revienne à ce niveau d'inspiration dans lequel s'exprime le talent unique d'un amoureux du cinéma tout simplement.


Tout simplement irrésistible. On peut nous faire croire n'importe quoi lorsque les comédiens sont bons... Tous peut être assumé au cinéma.

# Posté le mardi 25 septembre 2007 05:19

Modifié le mardi 25 septembre 2007 05:55